On dit souvent que le Bénin est la terre des jumeaux. Avec un taux de naissances gémellaires parmi les plus élevés de la planète (environ 27 pour 1000 naissances), ce phénomène biologique est devenu un pilier spirituel.
Mais que se passe-t-il lorsqu’un des deux frères (ou sœurs) s’éteint ? C’est là que commence l’un des rites les plus poignants de la culture Vodun.
”Il n’est pas mort, il est allé chercher du bois”
Dans la cosmogonie béninoise, les jumeaux (Hohovi en Fon) sont des êtres divins, porteurs de bonheur et de prospérité. Ils partagent une âme unique en deux corps. Si l’un des corps cesse de vivre, l’âme, elle, ne doit pas être brisée.
Pour maintenir ce lien, la famille fait sculpter une statuette en bois. Ce n’est pas un simple objet de souvenir. La statuette devient l’enfant.
Une vie au quotidien avec l’invisible
Si vous visitez un marché à Cotonou ou à Ouidah, vous verrez souvent des mamans portant un bébé au dos et une statuette coincée dans le pagne. La statuette est traitée comme un enfant vivant :
- Elle est lavée chaque matin.
- Elle est nourrie (on dépose de l’huile rouge ou de la nourriture sur ses lèvres).
- Elle est habillée avec les mêmes tissus que le jumeau survivant.
C’est une leçon magnifique sur le deuil : au lieu d’oublier ou de cacher la mort, on l’intègre à la vie avec tendresse.
Le Repas des Jumeaux
Si vous avez la chance d’être invité à une cérémonie de jumeaux, vous verrez des plats de haricots et d’huile rouge servis à profusion. C’est un moment de partage communautaire où l’on célèbre la vie, la gémellité et la protection des ancêtres.
La prochaine fois que vous verrez ces petites statuettes de bois sur un étal d’artisanat, ne voyez pas juste du bois sculpté. Voyez l’amour d’une mère qui refuse que le lien sacré se brise.
Envie d’en savoir plus sur les rituels familiaux béninois ?